Pedro de San Pedro

Après avoir affronté le froid et la glace en Patagonie, les températures ont grimpées à mesure que l’on remontait les 4000 km de littoral chilien (pour seulement 180 km de large au maximum). Arrivés tout en haut, et pour notre dernière escale au pays du Camenère (un cépage disparu en France qu’il va falloir ressusciter), il semblait logique de finir par l’extrême opposé : un désert aride, avec lunes de sable et dunes de miel.

Un nouveau voyage en avion et une petite heure et demi de bus nous permettent de rejoindre San Pedro de Atacama. Le centre-ville est folklo-touristique : 2 rues principales perpendiculaires, composées exclusivement de maisons blanches en adobe (à ne pas confondre avec Adobe Flash Player), entourant une place centrale qui fournit le wifi gratuit et quelques coins d’ombre (notre nouveau QG).

On a booké un Airbnb de hippie avec des hamacs et des cactus, on est prêts à poser nos fesses dans le désert. Il y a des choses qui ne s’inventent pas : c’est Pedro de San Pedro qui nous accueille (“je ne vous jette pas la pierre, Pierre”). Souriant et aux petits soins, sa bonne humeur compense l’absence de wifi dans sa casba. On va enfin pouvoir finir les livres commencés il y a des lustres. Sans oublier que notre programme est chargé. 

San Pedro de Atacama c’est le village-oasis d’un des déserts les plus arides du monde situé à 2438m d’altitude. Il fait face à la ceinture de feu de la cordillère des Andes, une chaîne de volcans gratte-ciels, dont le plus imposant -le Licancabur- culmine à plus de 6000 mètres. Les alentours regorgent de spots merveilleux, accessibles uniquement à l’aide des agences locales, prêtes à siphonner nos pesos de touristes. C’est également d’ici que partent de nombreux tours pour un des highlights de ce voyage : le Salar d’Uyuni en Bolivie. On a déjà coché les endroits qu’on veut visiter ici, identifié les attrape-pigeons, il ne reste plus qu’à négocier. 3 agences et 3 tarifs différents plus tard, il est temps de pokerface nos interlocuteurs à coup de grands sourires et regards de chiens battus. On a nos 3 tours à Atacama + les 3 jours au Salar en poche, c’est parti pour une semaine de folieeeeeee.

 

 

Jour 1 – Vallée de la Luna 

On commence avec la Vallée de la Luna. C’est le tour le plus booké dans la région. On nous a parlé d’un apéro au coucher de soleil au milieu du désert… on aura eu le désert, le coucher de soleil, mais on cherche toujours l’apéro. La vallée s’appelle ainsi car les paysages rappelleraient ceux que Neil Armstrong a pu voir (ou pas ? est-ce que les USA nous mentent ? est-ce que ce blog fait partie du grand complot ?) en posant son pied sur la Lune. Un paysage tout en relief, façonné des millénaires durant par l’érosion des vents, des pluies (même si elle se font rares) et ce concept un peu flou du lycée : la tectonique des plaques. Le sable à l’air si doux…. on tenterait presque une séance de skimboard (du surf sur sable pour les moldus comme nous). La petite excursion entre les roches nous permet de découvrir les dessous de la Luna. L’heure tourne, le coucher de soleil approche, c’est beau mais il y a un peu trop de monde pour profiter pleinement. Clément s’extasie grâce aux verres de ses lunettes de soleil qui lui font voir la vie en rose, mais on a vu mieux comme coucher de soleil !

 

 

Jour 2 – Geysers d’El Tatio

Réveil qui pique à 4h30, mais la cause est noble étant donné que c’est au petit matin que les Geysers d’El Tatio s’observent le mieux. Il faut une heure et demi de camionnette pour rallier les geysers qui se situent dans le cratère d’un volcan à 4280m d’altitude. Le soir d’avant, Pedro nous a raconté mille et une histoires sur les peuples andins dont il descend, la guerre du pacifique au cours de laquelle le Chili a piqué à la Bolivie son accès à l’océan, les bières boliviennes, la protection des sites touristiques au Pérou (…) ET sur les effets de l’altitude sur le corps ! Pedro nous a formellement interdit de nous endormir dans la voiture pour éviter un réveil compliqué 2000 mètres plus haut. Heureusement pour nous on embarque à l’avant de la camionnette, où le guide -un gringo hippie- nous raconte lui aussi mille et une histoires, et nous maintient éveillés. Arrivés en haut il fait -12°C. Les geysers tournent à pleine turbine. On a l’impression de marcher sur une bouteille de coca-cola light remplie de mentos (je vous invite à réaliser cette expérience à la maison si vous ne connaissez pas). Le guide nous rappelle les consignes de sécurité en nous faisant peur avec des histoires de touristes ébouillantés, morts dans d’atroces souffrances. On a tellement froid qu’on rêverait presque de connaitre le même sort. Quand le soleil se lève enfin, on découvre nos premiers paysages andins. De grandes étendues vallonnées d’herbe sèche, où vivent quelques vicuna (les lamas sauvages) et des flamands. Sur le chemin du retour, on contemple ce que la nuit gardait secret à l’aller, et on fait un stop dans un village isolé où vivent quelques irréductibles. Il est 14h quand on arrive à San Pedro. C’est l’heure de la sieste !

 

 

Jour 3 – Vallée Arcoiris

C’est un peu plus chillou aujourd’hui, le guide nous récupère vers 8h30. Ca fait 1 mois et demi que je tanne Clément toutes les semaines, pour ne pas dire tous les jours, pour qu’on aille voir des montagnes de toutes les couleurs. Il y en a un peu partout en Amérique Latine, tout au long de la cordillère des Andes. Elles naissent de la rencontre entre deux plaques tectoniques, qui à force de pousser l’une contre l’autre, finissent par s’entremêler pour accoucher d’un relief. Prenez deux boules de pâtes à modeler, une rouge et une verte, écrasez les l’une contre l’autre, et vous avez compris le concept (grosso-merdo). Pour s’y rendre on commence par traverser la vallée de la patience, longue et désertique, comme son nom l’indique. La petite heure de trajet permet au guide de brancher une brésilienne venue visiter le coin toute seule. La tâche s’annonce compliquée mais sur un malentendu… Cette ouverture a le mérite de rendre le guide enthousiaste, souriant, énergique, tout au long de la visite. L’histoire ne nous dira pas si les deux ont joué aux plaques tectoniques. Pour revenir à nos montagnes colorées, les photos des agences sont légèrement (beaucoup trop) pimpées. On est sur un filtre « Spectaculaire et Chaud et OnVeutVotreArgent », mais ça fait quand même son petit effet une fois sur place. On distingue bien les couches de couleurs qui sont autant de minéraux différents. Nos photos certifiées sans filtres en attestent. La visite se termine sur une petite touche d’archéologie, à la découverte de graffitis laissés sur certains rochers, par des peuples nomades qui transportaient des marchandises des Andes à la côte Pacifique.

 

 

A ce stade du voyage on a vu tellement de belles choses, qu’on se demande parfois si on est blasés. Mais non, après ces quelques jours dans le désert on se barre en 4×4 avec nos copains boliviens pour le Sud Lipez et le Salar d’Uyuni : encore une belle claque en perspective !

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